La HAC désavouée : Reporters sans frontières exige la levée immédiate de la suspension d’Info241 Photo : Droits réservés/GabomaInfo
L’organisation internationale de défense de la liberté de la presse, Reporters sans frontières (RSF), monte au créneau pour dénoncer une sanction qu’elle juge totalement infondée contre un média gabonais. À travers une publication officielle diffusée ce jeudi 13 août sur le réseau social X, l’ONG a formellement qualifié d’arbitraire la mesure de suspension visant la rédaction d’Info241, récemment prononcée par la Haute Autorité de la communication (HAC). Après une analyse minutieuse de l’article incriminé, les experts de RSF estiment que les journalistes ont exercé leur métier d’information dans le strict respect des règles déontologiques. Face à cette situation qui fragilise le paysage médiatique national, l’organisation réclame l’annulation sans délai de cette interdiction de paraître imposée jusqu’à nouvel ordre. L’intervention très remarquée de cette instance mondiale relance ainsi le vaste débat sur la protection des organes de presse indépendants au Gabon.
Dans son communiqué, l’institution internationale a tenu à clarifier les contours du traitement de l’information reproché à notre rédaction pour éviter tout amalgame. « RSF déplore la suspension arbitraire du média en ligne Info241 jusqu’à nouvel ordre pour avoir rapporté des propos d’un influenceur concernant le président Oligui Nguema dans le respect de la déontologie » , souligne l’organisation avec fermeté. Cette dernière ne valide évidemment en aucun cas les graves allégations formulées par l’activiste Ange Landry Mbeng, alias Lanlaire, mais elle rappelle la différence fondamentale entre les propos de l’auteur et le compte-rendu journalistique qui en est fait. L’ONG constate en effet que le texte a pris toutes les précautions d’usage, en attribuant clairement les déclarations à leur source originelle et en utilisant le conditionnel de rigueur. Par conséquent, la rédaction d’Info241 n’a fait que relayer l’existence d’une prise de parole publique, sans pour autant ériger ces accusations en vérités absolues ni en reproduire les injures.
Une sanction prise sans aucune procédure contradictoire
La genèse de ce bras de fer institutionnel remonte au début de la semaine, lorsque l’organe de régulation des médias a décidé de sévir avec une sévérité inattendue. Le lundi 10 août, la HAC a en effet ordonné la suspension immédiate du média en ligne, lui reprochant d’avoir relayé des accusations jugées injurieuses et non étayées envers le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema. Le régulateur accusait notamment la rédaction d’avoir délibérément manqué à son obligation de vérification préalable des faits avant toute publication. Cependant, cette lourde décision a été prise de manière totalement unilatérale, sans fixer de durée précise à la sanction et, surtout, sans accorder aux mis en cause la possibilité de s’expliquer. Cette méthode expéditive remet incontestablement en question les principes élémentaires du droit à la défense qui doivent pourtant encadrer la régulation de la presse gabonaise.
Face à cette mesure couperet, la rédaction du média sanctionné n’a pas tardé à faire entendre sa voix pour dénoncer ce qu’elle considère comme une injustice manifeste et préjudiciable. Dans une note de protestation argumentée publiée le mardi 11 août, Info241 a pointé du doigt une sanction prononcée sans une lecture attentive et objective de la publication querellée. L’équipe éditoriale a rappelé avec insistance que l’influenceur s’était exprimé depuis le continent européen sur sa propre chaîne YouTube, et non directement sur les plateformes du journal. La rédaction a ainsi fustigé l’absence totale de convocation préalable, de notification officielle ou de tout débat contradictoire permettant d’éclairer la lanterne des conseillers membres de la HAC. Ce procédé brutal expose inutilement l’entreprise de presse à des conséquences économiques et professionnelles désastreuses, tout en privant de nombreux Gabonais de leur droit fondamental à une information plurielle.
Le paradoxe d’un régulateur face au droit du public à l’information
Ce dossier met également en lumière un profond paradoxe dans la gestion de la communication numérique et de l’espace public par les instances dirigeantes. Tandis que le média ayant relaté les faits de manière distanciée se retrouve sévèrement muselé, la longue vidéo originale contenant les déclarations polémiques reste, elle, parfaitement accessible au grand public sur les réseaux sociaux. L’autorité de régulation a donc choisi de frapper l’intermédiaire journalistique bien avant que l’auteur initial des allégations ne soit formellement inquiété par la justice. Ce n’est d’ailleurs que le mercredi 12 août que le gouvernement gabonais s’est finalement résolu à inviter le ministère public à se saisir des propos de l’activiste, sur la base des dispositions du Code pénal. « Cette mesure prise sans notification préalable doit être levée immédiatement » , a logiquement martelé RSF, pointant l’urgence pour les décideurs de corriger cette anomalie procédurale flagrante.
La résolution de cette crise constitue désormais une véritable épreuve de vérité pour les autorités publiques et leur engagement envers la liberté d’expression dans le pays. Le gouvernement se doit de rassurer l’opinion nationale et les professionnels des médias sur sa volonté de garantir un véritable espace de critique et d’indépendance, loin des pratiques révolues de censure. Il convient d’ailleurs de rappeler qu’en avril 2025, Reporters sans frontières avait déjà fermement recommandé aux autorités de mettre un terme définitif aux suspensions abusives d’organes de presse. Une régulation transparente et équitable aurait naturellement exigé l’usage de sanctions proportionnées, telles qu’un droit de réponse ou une mise en demeure, avant d’envisager la fermeture brutale d’une publication. Le dénouement imminent de l’affaire Info241 indiquera de manière limpide si les institutions nationales sont véritablement prêtes à accepter une presse libre, garante de la vitalité démocratique de la République.